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Rédaction YuSMP Group Équipe éditoriale, YuSMP Group
Plateau d’un éditeur de logiciels dans un immeuble haussmannien à Paris au crépuscule : développeurs devant des écrans incurvés affichant des schémas de flux, réunion en cours dans une salle vitrée

L’essentiel en bref

Selon le Top 250 EY-Numeum 2026, le chiffre d’affaires édition des éditeurs de logiciels français atteint 22,4 milliards d’euros en 2025, en hausse de 2,4 % (5,2 % hors jeux vidéo), contre 8,9 % un an plus tôt à périmètre comparable. Près d’un éditeur sur deux (48 %) place désormais l’IA agentique en tête de ses priorités technologiques, loin devant le cloud et le SaaS.

Pour les entreprises clientes comme pour les éditeurs eux-mêmes, le message est double. D’un côté, l’intégration d’agents d’IA dans les logiciels métier devient la norme attendue : quatre éditeurs sur cinq ont déjà intégré des fonctionnalités d’IA à leur offre. De l’autre, ce virage bouscule le modèle économique historique du logiciel en SaaS, fondé sur l’abonnement et le revenu récurrent, au profit d’une facturation à l’usage qui progresse rapidement.

Pourquoi la croissance des éditeurs français ralentit-elle ?

Le secteur reste en croissance et rentable, mais à un rythme nettement inférieur. Le ralentissement est surtout le fait des plus grands acteurs : les éditeurs de plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, qui pèsent près de 81 % du total du panel, ne progressent que de 1 % (contre 5 % en 2024). Le trio de tête recule même de 5 % au global : Dassault Systèmes, numéro un avec 5,64 milliards d’euros de chiffre d’affaires édition, gagne 0,5 %, quand Ubisoft cède 22 % et Criteo 3 %.

À l’inverse, les structures de taille intermédiaire tiennent le rythme : +14 % pour les éditeurs réalisant entre 10 et 50 millions d’euros, +12 % sous les 5 millions. Le segment grand public et jeux vidéo, autour de 2 milliards d’euros, se contracte d’environ 19 %, ce qui explique l’écart entre la croissance globale et la croissance hors jeux vidéo.

Éditeurs sectoriels et horizontaux : deux trajectoires

CatégorieCA édition 2025Croissance
Éditeurs sectoriels (verticaux)14,1 Md€ (63 % du total)+3 %
Éditeurs horizontaux6,1 Md€+11 % (contre +23 %)
Grand public et jeux vidéoenviron 2 Md€environ −19 %

Chez les horizontaux, la croissance a été quasiment divisée par deux, même si certains acteurs restent très dynamiques, comme Cegid (+19 %), Silae (+38 %) ou Ivalua (+18 %). La part du chiffre d’affaires réalisée à l’international atteint 57 %, et près de 63 % pour les éditeurs de plus de 100 millions d’euros : un niveau stable depuis plusieurs années, que l’étude interprète comme le signe d’une internationalisation qui reste difficile.

L’IA agentique, nouvelle priorité technologique des éditeurs

C’est la principale nouveauté de cette édition : 48 % des éditeurs placent l’IA agentique en première priorité technologique, soit 16 points de plus que lors de l’enquête précédente. Le cloud et le SaaS, premier choix de 41 % des répondants un an plus tôt, tombent à 13 % : une technologie devenue mature, donc moins différenciante. La cybersécurité figure parmi les trois premières priorités de 54 % des éditeurs.

Dans les offres, l’IA est déjà largement présente : quatre éditeurs sur cinq ont intégré des fonctionnalités d’IA (61 % lors de l’édition précédente). Mais les agents autonomes et copilotes intégrés ne figurent que dans 42 % des solutions concernées, derrière la génération de contenu et les recommandations intelligentes. Côté technologie, 41 % des éditeurs s’appuient sur des modèles intégrés d’acteurs tiers comme OpenAI, Anthropic ou Mistral, 47 % adoptent une approche hybride, et seuls 12 % recourent exclusivement à leurs propres modèles ou agents.

Le modèle de l’ARR remis en question ?

Le SaaS représente 67 % du chiffre d’affaires édition du panel et l’abonnement reste le mode de contractualisation privilégié (77 % en premier choix). Mais la facturation à l’usage s’installe : 45 % des éditeurs la pratiquent déjà et 53 % l’envisagent. Pour l’IA elle-même, le modèle reste à construire : 29 % n’ont pas encore défini leur tarification, les autres se répartissant entre module premium payant (26 %), usage (22 %), inclusion dans le prix standard (18 %) et tarification à la valeur (5 %).

Pour Jean-Christophe Pernet, associé EY et responsable du Top 250, la montée de la tarification à l’usage va progressivement remettre en cause la notion d’ARR, fondée sur un revenu récurrent prévisible — et compliquer la prévision budgétaire des clients, dont la facture dépendra davantage des volumes consommés. Numeum prépare avec EY des livres blancs sur la tarification de l’IA, l’arbitrage « make or buy » et l’évolution des modèles de revenus.

Assistants de code : des gains massifs, mais difficiles à mesurer

La R&D est le premier terrain d’application interne de l’IA. 96 % des éditeurs utilisent des assistants de génération de code et 97 % citent des gains de productivité. Parmi ceux qui les quantifient, 51 % observent plus de 20 % de gain, et 80 % constatent une accélération du time-to-market.

Dans le même temps, 41 % des répondants déclarent ne constater aucun bénéfice mesurable à ce stade. La question admettant plusieurs réponses, les deux constats coexistent chez certains éditeurs : le rapport y voit un écart entre la diffusion des usages et la mesure de leur impact économique. La sécurité et la confidentialité des données restent le premier frein cité à l’intégration de l’IA (26 % en premier choix), devant le coût des modèles et de l’infrastructure.

Sur le plan réglementaire, la préparation à l’AI Act reste inégale : 23 % des éditeurs déclarent une mise en conformité réalisée ou en cours, 42 % en sont à l’analyse d’impact et 25 % n’ont encore rien engagé.

Recrutement : les profils data et IA privilégiés, les juniors sous pression

La dynamique d’emploi s’essouffle. Pour 2026, 51 % des éditeurs prévoient d’augmenter leurs effectifs, contre 62 % lors de l’enquête précédente. Les profils recherchés changent : 64 % veulent renforcer leurs équipes data et IA, contre 39 % pour les développeurs et ingénieurs produit.

Le point le plus sensible concerne les débutants : seuls 17 % des éditeurs envisagent d’accroître leurs recrutements de juniors, tandis que 22 % prévoient de les réduire. Lors de la présentation, Mehdi Houas, président de Numeum, a jugé qu’y renoncer « serait suicidaire » pour un secteur qui aura besoin de ces ingénieurs demain. Numeum et le Cigref ont annoncé un groupe de travail commun sur l’intégration des juniors, sans objectif chiffré ni calendrier communiqués à ce stade.

Que retenir pour les entreprises qui achètent ou font développer du logiciel ?

1. Anticiper l’évolution des contrats

Avec la progression de la facturation à l’usage, notamment sur les modules d’IA, les directions achats et les DSI ont intérêt à demander des plafonds, des indicateurs de consommation et des scénarios de coût avant de signer.

2. Exiger de la visibilité sur les modèles utilisés

Près de neuf éditeurs sur dix s’appuient au moins en partie sur des modèles tiers. Savoir quel modèle traite quelles données, et où, devient une question de conformité autant que de performance — d’autant que la préparation à l’AI Act reste partielle dans le secteur.

3. Mesurer les gains de l’IA plutôt que les supposer

L’écart entre usage quasi universel des assistants de code et gains effectivement mesurés vaut aussi pour les équipes internes : fixer des indicateurs (délai de livraison, taux de défauts, temps de revue) avant de généraliser un outil reste la meilleure façon d’en objectiver la valeur.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le Top 250 des éditeurs de logiciels français ?

C’est le panorama annuel du secteur français de l’édition de logiciels, réalisé par EY et Numeum. La 16e édition a été présentée le 4 novembre 2026 ; l’enquête a été menée auprès de 274 éditeurs entre mai et septembre 2026. Seules les sociétés françaises qui ne sont pas filiales d’un groupe étranger figurent au classement.

Quel est le chiffre d’affaires des éditeurs de logiciels français en 2025 ?

Le chiffre d’affaires édition du panel atteint 22,4 milliards d’euros en 2025, contre 21,8 milliards un an plus tôt. La croissance est de 2,4 % sur l’ensemble du panel et de 5,2 % hors jeux vidéo, contre 8,9 % en 2024 à périmètre comparable.

Quelle part des éditeurs fait de l’IA agentique sa priorité ?

48 % des éditeurs placent l’IA agentique en première priorité technologique, soit 16 points de plus que lors de l’édition précédente. Le cloud et le SaaS, premier choix de 41 % des répondants un an plus tôt, tombent à 13 %.

Les assistants de code génèrent-ils des gains mesurables ?

96 % des éditeurs utilisent des assistants de génération de code et 97 % citent des gains de productivité en R&D ; parmi ceux qui les mesurent, 51 % observent plus de 20 % de gain. Mais 41 % déclarent aussi ne constater aucun bénéfice mesurable à ce stade, la question admettant plusieurs réponses.

Les éditeurs recrutent-ils encore des développeurs juniors ?

Seuls 17 % des éditeurs prévoient d’augmenter leurs recrutements de profils juniors, tandis que 22 % envisagent de les réduire. 64 % veulent renforcer leurs équipes data et IA, contre 39 % pour les développeurs. Numeum et le Cigref ont annoncé un groupe de travail sur l’intégration des juniors.

Sources

EY — Panorama Top 250 des éditeurs de logiciels français, 16e édition (4 novembre 2026)
Silicon.fr — Éditeurs de logiciels français : la croissance ralentit, l’IA agentique redéfinit les priorités (5 novembre 2026)
InformatiqueNews — Top 250 des éditeurs 2026 : l’emploi des juniors sous pression (4 novembre 2026)
Alliancy — Top 250 Numeum : la croissance des éditeurs français ralentit (5 novembre 2026)