La réponse courte
Le « processeur européen » change de méthode : plutôt que de tout concevoir seul, SiPearl adossera Rhea2 à une plateforme de chiplets taïwanaise, Mobius100, pour gagner du temps. Egis entre au capital de la start-up dans le cadre de sa série B, et les deux groupes prévoient des échantillons fin 2027 et une production de masse au second semestre 2028.
Pour les DSI et les éditeurs, le message est concret : le calcul souverain qui arrive en Europe sera Arm 64 bits. Préparer dès maintenant des chaînes de build multi-architecture et des pipelines cloud et DevOps capables de produire des images arm64 évite une migration dans l'urgence lorsque ces serveurs entreront dans les appels d'offres.
Que prévoit l'accord entre SiPearl et Egis ?
Selon Focus Taiwan et le Taipei Times, Egis Technology a signé avec SiPearl deux accords : un partenariat stratégique de développement et une prise de participation lors du tour de série B de la start-up française. Le montant de l'investissement n'a pas été communiqué. SiPearl avait auparavant levé 130 millions d'euros.
La répartition des rôles est claire. Alcor Micro, filiale d'Egis spécialisée dans la conception de circuits, développe la plateforme de processeur Mobius100 (M100) sur la base des sous-systèmes Arm Neoverse CSS V3. InPsytech, autre société du groupe, fournit la technologie d'interconnexion entre puces. SiPearl apporte son expertise logicielle et système, et utilisera M100 comme fondation de Rhea2. L'accord prévoit aussi une expansion commerciale commune vers l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique.
« Nous allons nous appuyer sur cette plateforme Mobius100 pour la deuxième génération », a résumé Philippe Notton, PDG de SiPearl, cité par Focus Taiwan, en mettant en avant un temps de développement réduit.
Que contiendra la puce Rhea2 ?
Les caractéristiques annoncées, reprises par LeMagIT et ComputerBase, décrivent une puce serveur taillée pour le calcul haute performance, l'IA et les centres de données :
- Cœurs : 140 cœurs Arm Neoverse V3 répartis sur deux chiplets de 70 cœurs, dont 128 actifs et 12 redondants pour améliorer le rendement de fabrication.
- Jeu d'instructions : Armv9.2-A, avec l'architecture de calcul confidentiel CCA pour le chiffrement des données en mémoire.
- Mémoire et E/S : DDR5 jusqu'à 12 800 MT/s en MRDIMM, PCIe 6.0 avec prise en charge de CXL.
- Assemblage : interfaces UCIe 2.0 pour relier jusqu'à huit circuits et y associer des accélérateurs (GPU, DPU, ASIC).
- Fabrication : procédé TSMC N3P (3 nm).
Pourquoi SiPearl change-t-il de méthode après Rhea1 ?
Rhea1, la première puce de SiPearl issue de l'European Processor Initiative, compte 80 cœurs Arm. Selon LeMagIT, il aura fallu environ sept ans pour qu'elle atteigne le déploiement, prévu fin 2026 dans des serveurs Bull. ComputerBase indique qu'elle équipe le supercalculateur allemand Jupiter et que HPE prévoit également des systèmes, avec un déploiement réaliste à partir de 2027.
Rhea2 marque donc un virage : l'ambition d'une conception 100 % européenne cède la place à un modèle de co-développement. LeMagIT souligne que la souveraineté se joue désormais moins sur l'origine de chaque transistor que sur la maîtrise de l'intégration, du logiciel et de la chaîne d'approvisionnement. La feuille de route évoquée par le Taipei Times court jusqu'en 2035, sur près de quatre générations.
Qu'est-ce que cela change pour les équipes logicielles ?
Le matériel n'arrivera pas avant 2028, mais le travail logiciel, lui, se prépare maintenant. Entre Rhea1, Rhea2 et les instances Arm déjà proposées par les grands clouds, l'arm64 devient une cible serveur à part entière en Europe, y compris pour des projets publics ou sensibles.
- Inventorier les dépendances natives : bibliothèques C/C++, binaires tiers et extensions compilées sont les premiers points de friction lors d'un portage.
- Construire en multi-architecture : images de conteneurs amd64 et arm64 produites par la même CI, testées sur les deux cibles.
- Mesurer plutôt que supposer : les gains d'un processeur Arm dépendent de la charge ; un banc d'essai sur vos services réels vaut mieux qu'une fiche technique.
- Penser calcul confidentiel : la prise en charge de CCA ouvre des scénarios de traitement de données sensibles où le chiffrement en mémoire devient un argument de conformité.
Pour les applications plus anciennes, liées à une architecture x86 ou à des composants non maintenus, ce chantier rejoint souvent une démarche de modernisation logicielle plus large.
Questions fréquentes
Rhea2 est-elle encore un processeur européen ?
Elle est portée par la société française SiPearl, mais repose sur la plateforme Mobius100 conçue par Alcor Micro, filiale du taïwanais Egis, sur des cœurs Arm et une gravure TSMC. Il s'agit d'un co-développement Europe-Taïwan plutôt que d'une conception entièrement européenne.
Quand la puce Rhea2 sera-t-elle disponible ?
Les partenaires visent un tape-out au premier trimestre 2027, des échantillons fin 2027 et une production en volume au second semestre 2028, sous réserve de développement et de validation.
Combien Egis investit-il dans SiPearl ?
Le montant n'a pas été communiqué. Egis participe à la série B de SiPearl, qui avait auparavant levé 130 millions d'euros.
Faut-il adapter ses logiciels dès aujourd'hui ?
Il est utile de rendre ses applications compatibles arm64 dès maintenant : ces architectures sont déjà proposées par les grands clouds, et le calcul souverain européen s'appuie lui aussi sur Arm.
Sources
Focus Taiwan — Taiwan's Egis, France's SiPearl team up on chiplet CPU (22 octobre 2026)
Taipei Times — Egis and SiPearl ink deal (23 octobre 2026)
LeMagIT — Processeur 100 % européen : le Rhea2 de SiPearl sera développé avec Taïwan (octobre 2026)
L'Usine Nouvelle — SiPearl s'allie avec le groupe taïwanais Egis Technology (octobre 2026)
ComputerBase — SiPearl Rhea2 : 140 cœurs Neoverse V3 (octobre 2026)