Daniel Reyes, YuSMP Group
Daniel Reyes Principal Engineer (IA/ML), YuSMP Group · Agents IA et systèmes LLM appliqués pour les équipes aux États-Unis et dans l'UE
Gérante d'un petit commerce consultant sur son ordinateur portable un tableau de bord d'activité protégé par un bouclier de sécurité

La réponse courte

En un an, la part des TPE-PME qui utilisent l'IA est passée de 26 % à 40 %. C'est le chiffre phare du baromètre France Num 2026, réalisé par le Crédoc en mars et avril 2026 auprès de 9 655 entreprises de 0 à 249 salariés. Chez les PME de 10 salariés et plus, plus d'une sur deux (53 %) est déjà équipée. Dans le même temps, 39 % des entreprises interrogées ont subi au moins un incident de cybersécurité sur douze mois, et un tiers n'a rien investi dans le numérique en 2025.

Autrement dit, l'IA se diffuse surtout par des outils grand public de génération de texte et d'assistants conversationnels, rarement intégrés aux processus métier. Passer de l'usage individuel à une intégration de l'IA générative dans les outils de l'entreprise, sans ouvrir de nouvelles failles, devient l'étape suivante pour beaucoup de PME. Elle se prépare idéalement dans une démarche plus large de transformation numérique.

Comment les TPE-PME utilisent-elles l'IA ?

L'usage dominant reste la génération de contenus : 34 % des entreprises s'en servent pour produire du texte, de la voix ou des images (+12 points). Viennent ensuite les assistants conversationnels et de recherche (24 %, +10 points), l'analyse ou le classement de documents (13 %, +7 points) et l'automatisation de tâches (11 %, +6 points).

La hiérarchie est parlante. Les usages qui demandent le moins d'intégration progressent le plus vite ; ceux qui touchent aux processus, comme le traitement de factures, la qualification de demandes ou l'automatisation d'un flux, restent minoritaires. La différence de taille est également nette : 53 % des PME utilisent l'IA, et 32 % d'entre elles paient pour une solution, contre 19 % de l'ensemble des TPE-PME.

Le ressenti, lui, est plutôt favorable : 68 % des utilisateurs jugent l'impact de l'IA positif sur leur activité, une proportion qui grimpe à 85 % chez ceux qui ont opté pour une solution payante. Le paradoxe tient à ce que l'IA ne figure qu'en dernière position des priorités numériques déclarées pour 2026-2027, citée par 18 % des dirigeants. Elle est adoptée par les salariés avant d'être pilotée par l'entreprise.

Pourquoi les budgets numériques reculent-ils ?

Le baromètre enregistre un net coup de frein sur l'investissement : 33 % des TPE-PME déclarent n'avoir rien dépensé pour le numérique en 2025, soit 8 points de plus qu'un an auparavant, et la part de celles qui y ont consacré au moins 1 000 euros tombe à 37 %. Dans le même temps, la proportion de dirigeants qui voient de réels bénéfices au numérique recule de 7 points, à 71 %.

L'enquête ne donne pas d'explication unique, et il faut se garder d'en inventer une. Deux lectures sont compatibles avec les chiffres : la généralisation d'outils d'IA gratuits ou peu coûteux, qui permettent de faire plus sans budget dédié, et un contexte économique qui pousse à différer les dépenses. Les deux convergent vers le même risque : une informatique faite de briques gratuites, mal reliées entre elles et rarement sécurisées.

Où en est la cybersécurité des petites entreprises ?

39 % des TPE-PME ont subi au moins un incident de cybersécurité au cours des douze derniers mois. L'hameçonnage arrive largement en tête (18 %). Dans 65 % des cas, l'incident a été résolu en interne, ce qui en dit autant sur la débrouillardise des équipes que sur l'absence de prestataire attitré. La crainte d'une perte ou d'un vol de données concerne désormais 53 % des dirigeants, 16 points de plus qu'il y a sept ans.

Côté protections, 84 % des entreprises ont mis en place au moins une mesure, un niveau stable. L'antivirus (80 %) et la sauvegarde externalisée des données (67 %) dominent. Seule l'authentification multifacteur progresse vraiment, à 39 % (+7 points). C'est pourtant la mesure la plus efficace contre l'usage de mots de passe dérobés par hameçonnage, le premier type d'incident cité.

La diffusion de l'IA ajoute une couche de risque que le baromètre ne mesure pas directement : lorsque des collaborateurs copient des documents clients ou des données financières dans des assistants non validés par l'entreprise, la question n'est plus seulement technique mais aussi réglementaire, au regard du RGPD.

Quelles priorités pour 2026-2027 ?

78 % des TPE-PME ont au moins un projet numérique prévu pour 2026-2027, 8 points de plus que l'an dernier. La première priorité n'est ni l'IA ni la cybersécurité, mais une obligation légale : la réforme de la facturation électronique, citée par 39 % des répondants (+11 points). Le calendrier impose en effet à toutes les entreprises de pouvoir recevoir des factures électroniques depuis le 1er septembre 2026, et aux PME et microentreprises de les émettre à partir de septembre 2027.

Le baromètre rappelle aussi les fondamentaux : 83 % des entreprises disposent d'au moins une solution de visibilité en ligne, 46 % réalisent au moins 5 % de leur clientèle grâce à Internet, et 76 % exploitent leurs données pour piloter leur activité.

Ce que les dirigeants doivent en retenir

  1. Faire l'inventaire des usages d'IA existants. Avec 40 % d'entreprises utilisatrices, il est probable que des salariés utilisent déjà des outils d'IA, payants ou non. Savoir lesquels, et avec quelles données, est le premier pas.
  2. Fixer une règle simple sur les données. Ce qui peut être saisi dans un assistant public, ce qui ne peut pas l'être. Une page suffit, à condition qu'elle soit connue.
  3. Généraliser l'authentification multifacteur. À 39 % de taux d'équipement, c'est le levier de sécurité le plus rentable restant sur la table face à l'hameçonnage.
  4. Profiter de la facturation électronique pour relier les outils. Le projet est obligatoire ; c'est l'occasion de connecter facturation, comptabilité et gestion commerciale, et d'y brancher plus tard des automatisations utiles.
  5. Choisir un premier cas d'usage d'IA mesurable. Les entreprises qui paient pour une solution sont 85 % à en voir un impact positif : un usage cadré et intégré vaut mieux que dix outils gratuits dispersés.

Les limites de l'enquête

Le baromètre repose sur des déclarations de dirigeants, collectées au printemps 2026 : il mesure ce que les entreprises disent utiliser, pas l'intensité réelle de l'usage ni la qualité des intégrations. La définition « au moins une solution d'IA » englobe aussi bien un abonnement à un assistant conversationnel qu'un outil métier spécialisé. Enfin, les données d'incidents de cybersécurité ne distinguent pas les tentatives bloquées des compromissions effectives. Les ordres de grandeur et les évolutions d'une année sur l'autre restent, eux, robustes compte tenu de la taille de l'échantillon.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le baromètre France Num 2026 ?

C'est l'enquête annuelle de France Num, l'initiative de la Direction générale des Entreprises (DGE) dédiée à la transformation numérique des TPE et PME. L'édition 2026, réalisée par le Crédoc en mars et avril 2026 auprès de 9 655 entreprises de 0 à 249 salariés, a été publiée le 28 septembre 2026.

Combien de TPE-PME utilisent l'intelligence artificielle en 2026 ?

40 % des TPE et PME déclarent utiliser au moins une solution d'IA, contre 26 % un an plus tôt (+14 points). Chez les PME (10 à 249 salariés), la part atteint 53 % (+19 points). 19 % utilisent une solution payante, 32 % parmi les PME.

Quelle part des TPE-PME a subi un incident de cybersécurité ?

39 % ont subi au moins un incident de cybersécurité au cours des douze derniers mois, l'hameçonnage arrivant en tête (18 %). Dans 65 % des cas, l'incident a été résolu en interne. 84 % ont déployé au moins une mesure de protection, mais seule l'authentification multifacteur progresse (39 %, +7 points).

Les TPE-PME investissent-elles davantage dans le numérique ?

Non. 33 % n'ont rien investi dans le numérique en 2025 (+8 points) et la part des dirigeants qui voient de réels bénéfices au numérique recule de 7 points, à 71 %. Pourtant, 78 % ont un projet numérique prévu pour 2026-2027, porté en premier lieu par la facturation électronique (39 %).

Sources

Ministère de l'Économie — Baromètre France Num 2026 : quatre TPE PME sur dix utilisent désormais l'intelligence artificielle (28 septembre 2026)
France Num — Baromètre France Num 2026 : le numérique et l'intelligence artificielle dans les TPE et PME
Boursorama / AFP — Quatre TPE-PME sur dix utilisent l'IA en 2026 (29 septembre 2026)
Blog du Modérateur — IA, cyber, budgets : 10 chiffres sur le numérique dans les TPE et PME en 2026