L’essentiel en bref
OVHcloud a clos son exercice 2026 avec 1,145 milliard d’euros de revenus (+7,2 % à données comparables), au-dessus de son objectif de 5 à 7 %, et vise plus de 10 % de croissance l’an prochain. Le groupe prépare un LLM maison orienté cybersécurité, code et agents, et dispose de 110 MW de capacité inutilisée.
Pour les entreprises françaises, l’hébergeur européen devient une option plus crédible pour la migration cloud et l’infrastructure DevOps comme pour l’intégration de l’IA générative dans des environnements maîtrisés. Nous avions suivi la qualification SecNumCloud de Numspot sur OVHcloud ; ces annonces élargissent le sujet de l’hébergement souverain à l’IA.
Que disent les résultats annuels d’OVHcloud ?
Le chiffre le plus parlant n’est pas le total, mais sa trajectoire. Après une croissance de 5,1 % au deuxième trimestre, OVHcloud a enchaîné 6,9 % au troisième puis 10,5 % au quatrième. Le moteur est le cloud public : 255,1 millions d’euros sur l’année, en hausse de 18,9 %, avec une pointe à 24,3 % sur le dernier trimestre. C’est le segment qui regroupe les instances, le stockage objet et les services managés, autrement dit ce que consomment les équipes de développement.
La rentabilité suit enfin. Le résultat opérationnel atteint 77,8 millions d’euros (+12,1 %), le résultat net 9,4 millions contre 0,4 million un an plus tôt, et le flux de trésorerie disponible après service de la dette devient positif à 24,7 millions. Pour un hébergeur qui a longtemps été critiqué pour ses investissements lourds, c’est un signal de solidité : un fournisseur qui finance sa croissance seul est un fournisseur sur lequel on peut bâtir un contrat de plusieurs années.
À quoi ressemblera le LLM d’OVHcloud ?
Octave Klaba a donné deux entretiens le même jour. À La Tribune, il explique que le groupe « termine l’entraînement de la v1 » et prévoit de la publier en open source fin novembre, avec une architecture qu’il décrit comme « très avancée ». À Reuters, il situe le lancement du premier modèle début 2027 et précise qu’il s’agit d’une architecture mixture-of-experts, qui aiguille chaque requête vers des sous-modèles spécialisés. Les travaux ont démarré sur Jupiter, le supercalculateur européen le plus rapide. Les deux dates ne se contredisent pas forcément (publication des poids d’un côté, offre commerciale de l’autre), mais le calendrier exact reste à confirmer.
Le modèle vise trois usages : la cybersécurité, défensive comme offensive, la génération de code et l’IA agentique pour des métiers précis comme la finance, les ressources humaines, le juridique et la chaîne d’approvisionnement. L’argument de Klaba est celui de l’indépendance : ne pas dépendre d’un fournisseur tiers qui pourrait un jour restreindre l’accès à ses modèles. Avant le modèle, OVHcloud lancera un pilote d’OVHai Workspace, une suite de productivité (messagerie, documents) affinée sur ses données internes.
Pourquoi les 110 MW disponibles comptent-ils ?
OVHcloud dispose de 250 MW de puissance électrique raccordée dans ses propres centres de données, dont 140 MW en exploitation. Les 110 MW restants peuvent accueillir de nouveaux clients sans chantier préalable. Dans un marché où la disponibilité de l’électricité est devenue le premier goulet d’étranglement de l’IA, Klaba présente cette réserve comme un avantage concurrentiel direct face aux acteurs qui doivent d’abord construire avant de vendre.
Pour un acheteur, cela se traduit concrètement par des délais. Réserver des GPU ou des serveurs dédiés pour un projet d’inférence prend aujourd’hui des semaines, voire des mois, chez certains fournisseurs. Un hébergeur qui a de la marge peut provisionner plus vite et négocier plus souplement, ce qui compte pour les entreprises qui passent un projet d’IA du prototype à la production.
Que reproche Octave Klaba aux programmes européens ?
Le dirigeant a renouvelé ses critiques des programmes publics de calcul. Selon lui, leur financement, partagé à parts égales entre l’Union européenne et l’État membre, pousse mécaniquement chaque pays vers son projet national plutôt que vers un effort commun. Il juge les stratégies nationales de « gigafactories » d’IA vouées à l’échec et estime qu’un engagement public de 200 millions d’euros d’achats de services d’IA sur cinq ans ne suffit pas à déclencher l’investissement privé nécessaire.
Ce débat n’est pas qu’institutionnel. La commande publique et les exigences de qualification comme SecNumCloud orientent déjà le choix des hébergeurs dans les administrations et chez leurs prestataires. Une entreprise qui répond à des appels d’offres publics a donc intérêt à suivre ces arbitrages d’aussi près que ses propres choix techniques.
Que faire si vous hébergez ou envisagez d’héberger chez OVHcloud ?
- Cartographier vos données sensibles : identifier les charges de travail soumises au RGPD, au secret des affaires ou à des exigences sectorielles. Ce sont elles qui justifient un hébergement européen, pas l’ensemble du système d’information.
- Concevoir une architecture portable : conteneurs, Kubernetes, infrastructure décrite en code et stockage compatible S3 limitent le coût d’un changement de fournisseur, dans un sens comme dans l’autre.
- Tester avant d’adopter le futur modèle : dès la publication des poids, comparez-le à vos modèles actuels sur vos propres tâches (revue de code, analyse de journaux de sécurité), avec des critères mesurables.
- Comparer les services managés : un catalogue plus restreint que celui des hyperscalers peut imposer d’exploiter soi-même certaines briques. Intégrez ce coût d’exploitation au calcul.
- Négocier la capacité maintenant : tant que des mégawatts sont disponibles, les conditions sur les serveurs dédiés et les GPU sont plus favorables pour réserver des volumes.
Questions fréquentes
Quels sont les résultats annuels 2026 d’OVHcloud ?
Un chiffre d’affaires de 1,145 milliard d’euros, en hausse de 7,2 % à données comparables, au-dessus de l’objectif initial de 5 à 7 %. Le flux de trésorerie disponible est positif (24,7 millions d’euros) pour la première fois depuis l’introduction en Bourse d’octobre 2021, et le groupe vise plus de 10 % de croissance sur l’exercice suivant.
Quand sortira le LLM d’OVHcloud ?
Octave Klaba a indiqué à La Tribune que l’entraînement d’une première version se termine et qu’une publication en open source est prévue fin novembre 2026. À Reuters, il a évoqué le lancement du premier modèle début 2027. Le calendrier précis reste donc à confirmer.
Sur quels usages le modèle d’OVHcloud est-il centré ?
Trois axes : la cybersécurité (défensive et offensive), la génération de code et l’IA agentique pour des métiers comme la finance, les ressources humaines, le juridique et la chaîne d’approvisionnement. Reuters précise que l’architecture est de type mixture-of-experts.
Que signifient les 110 MW disponibles ?
OVHcloud dispose de 250 MW de puissance raccordée, dont 140 MW en exploitation. Les 110 MW restants peuvent accueillir de nouveaux clients sans construire de nouveaux bâtiments, ce qui réduit les délais de mise à disposition de capacité.
Faut-il migrer vers OVHcloud après ces annonces ?
Pas par principe. Les annonces renforcent l’option d’un hébergeur européen pour les données sensibles et l’IA, mais le choix dépend de vos exigences de conformité, des services managés dont vous avez besoin et du coût de sortie de votre fournisseur actuel. Une architecture portable garde les options ouvertes.
Sources
Reuters (via Euronext) — Half of OVHcloud capacity is available, AI model launching in early 2027, CEO says (20 octobre 2026)
Presse-citron, d’après un entretien d’Octave Klaba à La Tribune — Une nouvelle IA française arrive fin novembre (20 octobre 2026)
ChannelNews — OVHcloud dépasse ses objectifs annuels 2026 après un quatrième trimestre solide
ABC Bourse — OVHcloud affiche 7,2 % de croissance en 2026 et un premier flux de trésorerie positif depuis son IPO