Daniel Reyes, YuSMP Group
Daniel Reyes Principal Engineer (IA/ML), YuSMP Group · Conçoit des agents IA intégrés aux ERP et aux outils financiers pour des entreprises européennes et américaines
Bureau en bois vu de dessus avec une pile de feuilles blanches, des pièces en euros, une tasse de café et un smartphone, évoquant la trésorerie et le suivi des factures clients

L’essentiel en bref

Cleavr lève 8 M€ auprès de Varsity (chef de file), Kima Ventures, Better Angle, Portfolio Ventures, Kerala et Financière Saint James, six mois après un pré-amorçage d’un million d’euros. La start-up revendique une centaine de clients en sept mois, une présence dans six pays européens et une baisse moyenne de 37 % du délai de paiement chez ses clients. Les fonds iront au produit, aux équipes commerciales et à l’expansion européenne.

Pour les entreprises françaises, l’opération illustre un mouvement plus large : les agents IA quittent les démonstrations pour prendre en charge des processus métier complets, avec des règles d’escalade et une supervision humaine. La finance, riche en tâches répétitives et en données structurées, est l’un des terrains les plus avancés de la FinTech appliquée.

Que contient l’annonce de Cleavr ?

Cleavr a officialisé le mardi 6 octobre 2026 une levée de 8 millions d’euros. Le tour est mené par Varsity, rejoint par les investisseurs historiques Kima Ventures et Better Angle, ainsi que par plusieurs fonds européens : Portfolio Ventures, Kerala et Financière Saint James. Tech.eu le présente comme un tour d’amorçage ; La Revue du Digital parle de série A. Dans les deux cas, la dynamique est rare : la société, créée en 2025, avait déjà levé un million d’euros en mars.

L’argent doit servir trois objectifs :

  1. Le produit : poursuivre le développement de la plateforme et de ses connexions aux systèmes de gestion des clients.
  2. Les équipes commerciales : renforcer la force de vente pour accompagner une croissance très rapide.
  3. L’Europe : consolider la présence déjà ouverte dans cinq pays hors de France.

Le président et cofondateur Baptiste Nassoy résume le positionnement : le recouvrement est, selon lui, un travail répétitif et ingrat que personne ne veut faire ; le confier à Cleavr permet aux équipes financières de se concentrer sur des tâches à plus forte valeur. Côté investisseur, Varsity estime que ce marché reste vaste et largement non automatisé.

Comment fonctionne un agent de relance ?

Cleavr se décrit comme une plateforme « IA native » qui couvre le cycle complet du recouvrement amiable, de la première relance à la gestion du litige :

  • Surveillance des factures : l’outil suit les échéances à partir des données de facturation de l’entreprise et s’adapte à ses ERP et à ses processus internes.
  • Identification des interlocuteurs : l’IA cherche la bonne personne chez le client, souvent le point qui bloque un paiement.
  • Relances multicanales : e-mail, téléphone et SMS, dans la langue du client.
  • Suivi des engagements : les promesses de paiement sont enregistrées et contrôlées.
  • Escalade : les litiges et cas complexes remontent vers un humain.

Les résultats affichés sont ambitieux : DSO réduit de 37 % dès les premières semaines, 40 % de trésorerie encaissée en plus et 80 % de temps gagné sur les relances. Ce sont des chiffres de l’entreprise, sans audit indépendant publié ; ils donnent un ordre de grandeur, pas une garantie.

Pourquoi les retards de paiement sont-ils un sujet en France ?

Les retards de paiement pèsent lourd sur l’économie française : ils seraient en cause dans près d’une défaillance d’entreprise sur quatre et immobilisent chaque année des milliards d’euros de trésorerie, rappelle Daf-Mag. Pour une PME, quelques grosses factures en souffrance suffisent à tendre la trésorerie.

Le calendrier joue aussi. Depuis le 1er septembre 2026, la réforme de la facturation électronique entre en application, avec des factures transitant par des plateformes agréées. Des données de facturation plus structurées facilitent l’automatisation en aval, mais la réforme a aussi montré ses fragilités, comme l’a illustré le piratage de la plateforme agréée VosFactures : tout agent qui manipule ces flux doit être conçu avec la sécurité en tête.

Que doivent en retenir les directions financières ?

Au-delà du cas Cleavr, trois enseignements valent pour tout projet d’IA appliquée à la finance :

  • Commencer par un processus mesurable : le DSO, le taux de promesses tenues et le temps passé sont des indicateurs simples, déjà suivis par la plupart des DAF.
  • Garder l’humain sur les cas sensibles : un client stratégique ou un litige commercial ne se traitent pas comme une relance standard. La règle d’escalade compte autant que le modèle.
  • Soigner la conformité : un agent qui appelle ou écrit à des contacts nommés traite des données personnelles. Base légale, information des personnes et journalisation relèvent du RGPD.

Comment lancer un projet d’automatisation du recouvrement ?

Que l’on achète une solution du marché ou que l’on construise un agent sur mesure, la démarche suit les mêmes étapes :

  1. Cartographier le processus actuel : qui relance, à quel moment, par quel canal, avec quels modèles de messages.
  2. Fiabiliser les données : échéances, contacts de facturation et historique des paiements doivent être propres et accessibles par API.
  3. Définir les règles d’escalade : montants, clients sensibles et motifs de litige qui imposent une intervention humaine.
  4. Piloter sur un segment : un portefeuille de petites factures récurrentes, avec un groupe témoin pour mesurer l’effet réel sur le DSO.
  5. Industrialiser : journalisation des échanges, tableaux de bord et revue régulière des messages envoyés.

Questions fréquentes

Combien Cleavr a-t-il levé et auprès de qui ?

Cleavr a annoncé le 6 octobre 2026 un tour de table de 8 millions d’euros mené par Varsity, avec ses investisseurs historiques Kima Ventures et Better Angle, ainsi que Portfolio Ventures, Kerala et Financière Saint James. La start-up avait levé 1 million d’euros en pré-amorçage en mars 2026.

Que fait concrètement la plateforme de Cleavr ?

Elle prend en charge le cycle de recouvrement amiable : identification du bon interlocuteur chez le client, relances par e-mail, téléphone ou SMS, suivi des promesses de paiement et escalade des litiges. L’intervention humaine est réservée aux dossiers complexes.

Quels résultats la start-up revendique-t-elle ?

Selon Cleavr, ses clients réduisent leur délai moyen de paiement (DSO) de 37 % dès les premières semaines, encaissent 40 % de trésorerie en plus et passent 80 % de temps en moins sur les relances. Ces chiffres sont communiqués par l’entreprise et n’ont pas fait l’objet d’un audit indépendant.

Dans quels pays Cleavr est-il présent ?

Sept mois après son lancement, Cleavr revendique une centaine de clients et une activité en France, en Espagne, en Allemagne, en Belgique, en Italie et au Royaume-Uni, avec des relances multilingues.

Une entreprise peut-elle construire son propre agent de relance ?

Oui, si elle dispose de données de facturation propres et d’un ERP accessible par API. Le travail principal porte sur l’intégration aux systèmes existants, les règles d’escalade, la traçabilité des échanges et la conformité au RGPD, davantage que sur le modèle de langage lui-même.

Sources

Tech.eu — Cleavr bags €8M to scale AI-powered invoice collection across Europe (6 octobre 2026)
La Revue du Digital — Retards de paiements : la startup Cleavr lève 8 M€ pour son IA d’encaissement des factures (6 octobre 2026)
Daf-Mag — Levée de fonds : Cleavr accélère pour automatiser l’encaissement des factures