Marcus Chen, YuSMP Group
Marcus Chen Staff Engineer (Backend & Cloud), YuSMP Group · Conçoit et migre des infrastructures virtualisées et cloud pour des équipes en France, en Europe et aux États-Unis
Allée de centre de données avec une baie de serveurs ouverte d’où se détachent des couches lumineuses de machines virtuelles, illustrant la virtualisation open source et la migration hors de VMware

L’essentiel en bref

Vates lève 30 M€ en fonds propres auprès du fonds Growth d’IRIS et du fonds Large Venture de Bpifrance. L’éditeur revendique plus de 1 000 clients payants dans une centaine de pays, une croissance de plus de 65 % en 2025 et réalise 90 % de son chiffre d’affaires hors de France, dont environ la moitié en Amérique du Nord. Les fonds iront au produit, à l’international et à l’écosystème de partenaires.

Pour les entreprises françaises, l’annonce confirme qu’une alternative européenne et open source à vSphere existe et se finance. Mais changer d’hyperviseur reste un chantier d’infrastructure : il se prépare comme un projet cloud et DevOps, avec inventaire, automatisation et migration par vagues.

Que contient l’annonce de Vates ?

Vates a officialisé le mardi 6 octobre 2026 un tour de table de 30 millions d’euros, entièrement en capital, mené avec le fonds Growth d’IRIS et le fonds Large Venture de Bpifrance. Il s’agit du premier financement externe significatif de la société, créée en 2012 et rentable depuis 2016. Les fondateurs conservent la majorité du capital et le contrôle de l’entreprise, dirigée par son cofondateur Olivier Lambert.

Les fonds sont fléchés sur trois priorités, selon ChannelNews :

  1. Le produit : stockage, automatisation, gestion des très grandes infrastructures et prise en charge des charges de travail d’IA. La R&D reste intégralement en Europe.
  2. L’international : davantage de moyens commerciaux et marketing en Amérique du Nord et sur les grands marchés européens.
  3. Les partenaires : recrutement, formation et accompagnement des intégrateurs et revendeurs, un canal qui prend de l’importance en Europe alors que Vates vendait historiquement en direct.

L’ambition affichée est élevée : viser entre 5 et 15 % d’un marché mondial de la virtualisation estimé à plus de 10 milliards d’euros. Interrogé par le JDN, Olivier Lambert attribue aussi à l’IA une accélération forte du développement produit au sein de ses équipes.

Que sont XCP-ng et Xen Orchestra ?

Vates commercialise une pile de virtualisation complète, baptisée Vates VMS, qui assemble deux briques open source :

  • XCP-ng, l’hyperviseur, c’est-à-dire la couche qui exécute les machines virtuelles sur les serveurs physiques. Le projet est hébergé par la Linux Foundation.
  • Xen Orchestra, la console d’administration : gestion des machines virtuelles, sauvegardes, automatisation. Elle est publiée sous licence AGPLv3.

Le modèle économique repose sur l’abonnement de support, pas sur la licence. D’après le JDN, il faut compter en zone euro entre 1 000 et 1 800 euros par serveur et par an selon le niveau de couverture. Parmi les références citées figure Bull, qui déploie la solution sur son site d’Angers.

Pourquoi le marché bascule-t-il après VMware ?

Le déclencheur est connu : le rachat de VMware par Broadcom en 2023, suivi d’une refonte du modèle commercial que de nombreux clients historiques ont vécue comme une forte hausse de coûts. Pendant quatorze ans, Vates a grandi sans investisseur ; c’est ce changement de marché qui l’a poussé à accélérer.

Le sujet rejoint aussi la question de la souveraineté numérique : une couche aussi centrale que l’hyperviseur, dont dépendent toutes les applications d’un datacenter, reste très majoritairement américaine. Un éditeur français dont le code est ouvert et la R&D européenne apporte une option supplémentaire aux organisations qui cherchent à réduire cette dépendance, dans la lignée des débats sur la qualification SecNumCloud dans la commande publique.

Reste un paradoxe instructif : 90 % du chiffre d’affaires de Vates est réalisé hors de France. Le marché domestique, pourtant le plus sensible au discours souverain, n’est pas encore celui qui achète le plus.

Que doivent en retenir les DSI ?

Une levée de fonds ne change pas un produit du jour au lendemain, mais elle modifie l’analyse de risque fournisseur, souvent le premier frein à l’adoption d’une alternative à VMware.

  • Pérennité : un éditeur rentable, désormais capitalisé et présent dans le Magic Quadrant de Gartner, répond mieux aux grilles d’achat des grandes entreprises.
  • Écosystème : l’investissement annoncé dans les partenaires devrait étoffer l’offre d’intégrateurs capables d’accompagner des migrations en France.
  • Feuille de route : stockage, automatisation et grandes infrastructures sont précisément les domaines où les équipes comparent les alternatives à vSphere. À suivre de près avant de s’engager sur un parc critique.

Comment préparer une sortie de VMware ?

Quelle que soit la cible — XCP-ng, une autre plateforme open source ou un cloud public — la démarche suit les mêmes étapes :

  1. Inventorier les machines virtuelles, leurs dépendances réseau et stockage, et les licences liées à l’hyperviseur.
  2. Recenser l’outillage branché sur les API de vSphere : sauvegarde, supervision, Infrastructure as Code, scripts d’exploitation.
  3. Construire un pilote sur des charges non critiques pour valider performances, sauvegarde et restauration.
  4. Migrer par vagues, avec des critères de retour arrière définis à l’avance pour chaque lot.
  5. Industrialiser l’exploitation : automatisation, documentation et formation des équipes avant de décommissionner l’ancien socle.

Questions fréquentes

Combien Vates a-t-il levé et auprès de qui ?

Vates a annoncé le 6 octobre 2026 une levée de 30 millions d’euros en fonds propres, auprès du fonds Growth d’IRIS et du fonds Large Venture de Bpifrance. C’est le premier tour de table de l’entreprise grenobloise, rentable et autofinancée depuis 2016 ; les fondateurs restent majoritaires.

Que proposent XCP-ng et Xen Orchestra ?

XCP-ng est un hyperviseur open source, hébergé par la Linux Foundation, qui fait tourner les machines virtuelles. Xen Orchestra, publié sous licence AGPLv3, sert à les administrer, sauvegarder et automatiser. Vates les réunit dans une offre complète, Vates VMS, positionnée comme remplaçant de la pile VMware.

Pourquoi cette levée intervient-elle maintenant ?

Depuis le rachat de VMware par Broadcom en 2023 et la refonte de son modèle commercial, de nombreux clients historiques cherchent une alternative sans dépendance propriétaire. Vates affiche une croissance de plus de 65 % en 2025 et a fait son entrée en septembre 2026 dans le Magic Quadrant de Gartner consacré aux plateformes de virtualisation de serveurs.

Combien coûte Vates VMS ?

Le logiciel est open source ; Vates monétise un abonnement de support. Selon le JDN, il faut compter en zone euro entre 1 000 et 1 800 euros par serveur et par an, selon le niveau de couverture.

Une migration depuis VMware est-elle simple ?

Rarement en un seul geste. Il faut inventorier les machines virtuelles et leurs dépendances, vérifier la compatibilité des outils de sauvegarde, de supervision et d’automatisation, puis migrer par vagues en commençant par des charges non critiques. Le coût réel dépend surtout de l’outillage construit autour de vSphere, pas de l’hyperviseur lui-même.

Sources

Journal du Net — Vates lève 30 millions d’euros pour challenger VMware sur la virtualisation (6 octobre 2026)
ChannelNews — Vates lève 30 M€ pour accélérer son changement d’échelle dans la virtualisation (6 octobre 2026)
Bpifrance (communiqué) — Vates lève 30 M€ auprès d’IRIS et Bpifrance pour devenir un leader mondial de la virtualisation